Tbilissi est la capitale européenne dont personne ne parle, et c’est précisément ce qui fait son charme. Lovée dans une vallée étroite au confluent de la rivière Koura et des sources thermales qui lui ont donné son nom (tbili signifie « chaud » en géorgien), cette ville de 1,5 million d’habitants est un mille-feuille culturel vertigineux. Architecture Art nouveau côtoyant des forteresses médiévales, cathédrales orthodoxes surplombant des bains sulfureux, marchés aux puces à l’ombre de tours de verre ultramodernes : la Géorgie ne ressemble à rien d’autre, et Tbilissi en est la porte d’entrée la plus spectaculaire.
La vieille ville : un labyrinthe de balcons sculptés
Le quartier historique de Tbilissi est un enchevêtrement de ruelles pentues bordées de maisons en brique et en bois, reconnaissables à leurs balcons sculptés en encorbellement. Ces balcons en bois, souvent ornés de vignes et de linge qui sèche, sont l’image emblématique de la ville. Certains menacent de s’effondrer, d’autres ont été restaurés avec soin — ce contraste entre déclin et renaissance est l’âme même de Tbilissi.
La rue Shardeni, piétonne et pavée, est le cœur de la vie nocturne et culturelle avec ses bars à vin naturel, ses galeries d’art et ses restaurants de cuisine géorgienne moderne. Juste à côté, la cathédrale Sioni (VIe siècle) et l’église d’Anchiskhati (Ve siècle), la plus ancienne de Tbilissi, témoignent de la profondeur historique du lieu.
Les bains sulfureux d’Abanotubani : le rituel ancestral
Le quartier des bains d’Abanotubani, avec ses dômes de brique percés de lucarnes étoilées, est le berceau mythique de Tbilissi. Selon la légende, le roi Vakhtang Gorgasali découvrit ces sources chaudes en suivant un faucon qui avait fait tomber un faisan dans les eaux bouillonnantes, et décida de fonder la ville à cet emplacement. Aujourd’hui, les bains sulfureux proposent des bassins privés (à partir de 20 laris, soit environ 7 euros) où l’eau naturellement chaude à 37-40 °C et riche en soufre détend muscles et esprit. Le bain Orbeliani, avec sa façade de mosaïque bleue d’inspiration persane, est le plus photogénique.
Narikala et le téléphérique : la vue qui embrasse tout
La forteresse de Narikala, fondée au IVe siècle et remaniée par les Arabes, les Mongols et les Perses, surplombe la vieille ville depuis une crête rocheuse. On y accède par un téléphérique qui part du parc Rike (1 lari, soit 0,35 euro) et offre une vue panoramique spectaculaire sur les deux rives de la Koura, les dômes des bains, les clochers des églises et, au loin, la silhouette massive de la cathédrale de la Sainte-Trinité (Sameba), la plus grande cathédrale orthodoxe de la région.
Depuis Narikala, descendez à pied par le jardin botanique (entrée 4 laris), un havre de verdure surprenant avec une cascade de 40 mètres cachée dans une gorge en plein cœur de la ville.
La révolution du vin naturel géorgien
La Géorgie est le berceau du vin — la plus ancienne production vinicole connue remonte à 8 000 ans. La méthode traditionnelle de vinification en qvevri (grandes jarres d’argile enterrées) est classée au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Tbilissi est devenue un épicentre mondial du vin naturel, avec des dizaines de bars spécialisés dans le quartier de Vera et sur Shardeni. Le vin ambré (orange wine), obtenu par macération prolongée de raisins blancs avec leurs peaux, est la spécialité locale — puissant, tannique et absolument unique.
Les cépages autochtones Saperavi (rouge intense et structuré) et Rkatsiteli (blanc vif, souvent vinifié en ambré) sont les stars. Pour une immersion complète, visitez le Wine Underground sur Shardeni ou le Vino Underground à Vera, deux bars qui proposent plus de 100 références géorgiennes au verre.
La table géorgienne : festin permanent
La cuisine géorgienne est une des grandes révélations gastronomiques de ces dernières années. Le repas géorgien traditionnel, le supra, est un festin pantagruélique présidé par un tamada (maître de cérémonie) qui porte des toasts élaborés. Les incontournables : les khinkali (raviolis juteux farcis de viande épicée, à manger avec les doigts), le khachapuri (pain au fromage fondu, dont la version adjarienne en forme de barque avec un œuf et du beurre est la plus spectaculaire), les badrijani (aubergines roulées à la pâte de noix et grenade), le lobio (ragoût de haricots rouges aux épices) et les mtsvadi (brochettes de porc marinées au vinaigre de grenade).
Un repas complet dans un bon restaurant de Tbilissi coûte entre 25 et 40 laris (8-14 euros) par personne, vin compris. C’est probablement le meilleur rapport qualité-prix gastronomique d’Europe.
Excursions depuis Tbilissi
La ville troglodyte d’Ouplistsikhé, creusée dans la roche il y a 3 000 ans, est à 1h30 de route. Mtskheta, l’ancienne capitale classée UNESCO avec sa cathédrale de Svétitskhovéli et le monastère de Jvari perché sur une colline, est à seulement 20 minutes. Et pour les amateurs de montagne, la route militaire géorgienne vers Kazbegi (Stepantsminda) traverse des gorges spectaculaires et mène à l’église de la Trinité de Guergueti, posée à 2 170 m d’altitude face au mont Kazbek (5 047 m), l’un des panoramas les plus mythiques du Caucase.
Informations pratiques
Accès : Vols Paris-Tbilissi directs avec Wizz Air (4h30) ou via Istanbul avec Turkish Airlines. Les citoyens français n’ont pas besoin de visa pour un séjour de moins d’un an. Budget : La Géorgie est une destination très abordable. Hôtel boutique dans la vieille ville : 40-80 euros la nuit. Repas au restaurant : 8-15 euros. Taxi depuis l’aéroport : 10 euros. Quand : Avril-mai est la saison idéale : 15-22 °C, arbres en fleurs, enneigement parfait pour les excursions en montagne, vignes qui bourgeonnent. Durée conseillée : 4 à 5 jours pour Tbilissi et ses environs, une semaine si vous incluez Kazbegi et la Kakhétie (région viticole).
